Le Président Tsiranana et ses avions



Philibert Tsiranana (© copyright)

A Antsirabe où il est en séjour privé, le chef de l'Etat recevait en audience, lundi matin, à la résidence présidentielle, M.. Farine, président de la Fédération suisse des groupements d'Emmaüs. Pour cette visite de courtoisie, M. Farine était accompagné de M. Joseph Rabenoro, président de l'Association nationale d'aide aux lépreux et à leurs familles, du colonel Mathurin, chef du service central anti-lépreux, et de M. Claude Ochsenbein, chargé d'affaires suisse à Madagascar. Voilà comment débutait l'article publié dans Le Courrier de Madagascar.

Nous sommes le 18 septembre 1967, après les contrôles d'usage, dans le vaste cabinet de travail du président malgache, M. Philibert Tsiranana, un homme d'âge mûr, le teint basané . Il nous y accueille chaleureusement mais sans grande pompe, car il est d'origine très simple. Pendant son enfance, il gardait et conduisait les bœufs dans sa région montagneuse au nord de Majunga, puis il est devenu instituteur. Je lui fais part de la politique générale que l'Aide au lépreux Emmaüs-Suisse désire appliquer à Madagascar dans la lutte contre la lèpre : collaborer étroitement avec le gouvernement et l'association nationale d'aide aux lépreux non seulement dans les soins à apporter aux malades, mais aussi dans l'effort de réintégration des lépreux guéris, dans leurs propres villages où ils pourront reprendre contact avec leurs communautés.
Après m'avoir écouté et approuvé mes vues, le président Tsiranana s'entretient avec chacun d'entre nous et nous raconte qu'il a rencontré à plusieurs reprises dans son village natal un malade de la lèpre qui, avec l'âge, a recouvré la santé bien que, à cette époque, il n'y eût pas encore les sulfones. "Est-ce possible de guérir ainsi spontanément, sans intervention médicale ?" dit-il en s'adressant au colonel Mathurin. Et ce dernier de confirmer que, dans certains cas exceptionnels, comme pour la tuberculose, cela peut arriver.
Nous recevons des boissons bienvenues, même si, sur le Haut-Plateau malgache où se situe la station thermale d'Antsirabe, il fait une chaleur agréable. Puis, avant de nous quitter, s'étant enquis de notre future destination, le Président a une parole qui nous fait tous sourire: "Désirez-vous que je vous fasse transporter à Mangarano par un hélicoptère de l'armée?"
Nous ne nous voyons vraiment pas descendre en hélicoptère dans la prochaine léproserie et nous renonçons poliment à l'offre du chef de l'Etat, d'autant plus que la voiture de l'ambassade suisse nous attend à l'entrée de la résidence. Je dois aussi dire que je venais, pendant plusieurs jours, d'utiliser, à la demande du Président, son avion (si je me souviens bien, un Commander américain bimoteur, quatre places) et son pilote personnel qui m'avaient amené dans une grande partie de l'île, avec des atterrissages partout, même en rase campagne et sur une seule roue, comme à Diego Suarez, pour contrer le vent. Peut-être avais-je déjà suffisamment goûté à l'aventure aérienne !
Détail lugubre: lors de mon deuxième voyage aérien à Madagascar en juillet 1971, arrivant à Tananarive depuis Nairobi, je verrai, au travers du hublot, avant d'atterrir, les débris d'un petit avion, éparpillés au sol. M. Ochsenbein, le chargé d'affaires suisse, me dira en m'accueillant à l'aéroport qu'il s'agissait du Commander du Président, accidenté la veille, le pilote étant à l'hôpital avec une fracture de la colonne vertébrale. Avec le Piper qui sera alors mis à mon service, en remplacement, nous aurons aussi plusieurs pannes de moteur, mais heureusement à terre, et je rentrerai sain et sauf en Suisse.

Marcel Farine