La domination du sexe
janvier 2008


Nous sommes tous les jours influencés par certaines institutions, mais aussi par les mass media qui ont fait de la sexualité presque uniquement " un produit de consommation ". Sans s'apercevoir qu'au fond du compte, il faut " payer " cette façon d'agir par des dérèglements toujours plus débordants qui vont de la pornographie à la pédophilie et aux excès de sexe. Si l'on continue ainsi, l'amour de demain - que bien des sexologues ou gynécologues vont jusqu'à appeler " activité culturelle - se situera entre pilules, substituts et antidépresseurs de tous genres pour une unique satisfaction du désir et de l'égoïsme.

La sexualité, pour être enrichissante, doit être vécue dans la dignité de chacun et dans le dialogue, ce qui suppose la maîtrise de ses pulsions et une certaine tempérance, comme pour toutes les bonnes choses de la vie. Ce qui est aujourd'hui marqué par un instinct de jouissance et de domination - qui n'est en somme qu'une contrefaçon de l'amour - redeviendra alors chemin de rencontre et de communion, corps et âme et pour toujours. Vu sous cet angle, l'acte sexuel dans le mariage aboutit à la découverte et à la compréhension de l'autre sur tous les plans ; le plaisir légitime, au lieu d'être un sentiment égoïste, traduit alors la joie de personnes humaines créées à l'image divine, dans un amour total, fidèle, mais aussi fécond.

Nous ne pouvons plus subir ; il faut réagir contre la perversion sexuelle de notre époque moderne dans laquelle la contraception artificielle et l'avortement tiennent une place prépondérante. Mais comment ?

Chacun de nous devrait participer à cette lutte, mais nous, chrétiens, nous avons d'abord à écouter et soutenir nos Eglises qui s'engagent pour une sexualité vivante, mieux formulée, au service du corps et de l'esprit, dans la défense de la vie, même si leurs normes morales sont souvent perçues comme intransigeantes. N'oublions pas que le Christ, répondant à une question des pharisiens concernant le divorce, s'exclama, en s'appuyant sur la création de l'homme et de la femme décrite dans la Genèse : "A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne seront qu'une seule chair…"

Comme parents, ayons à cœur d'éveiller chez nos enfants le désir de la chasteté dans l'optique d'une vie au service des autres, afin de mieux s'exprimer et d'apprendre la maîtrise de soi. Ils seront ainsi armés pour éviter cette libéralisation de la sexualité en " trompe l'œil " que l'on enseigne souvent dans nos écoles et qui donne des fruits amers. Utilisons aussi nos forces et nos idées pour nous opposer aux pratiques sexuelles dévergondées par un engagement personnel sous forme de protestations, d'articles, de lettres de lecteur, etc.

La vie sexuelle imparfaite reste une réalité de ce monde et c'est seulement dans l'au-delà que nous découvrirons la source de tout amour, communion totale des trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit dont le symbole familial est constitué par la mère, le père et l'enfant. En observant les commandements de Dieu sur cette terre, nous serons pardonnés pour nos fautes et nous recevrons chaque jour les grâces pour pouvoir vivre notre amour conjugal dans la joie, malgré les difficultés coutumières, et pour cultiver toutes nos relations profondes avec les autres dans l'amitié, la chasteté et la charité.


Ma rencontre avec la misère
décembre 2007


La misère est peut-être avec la guerre et le terrorisme, avec peut-être aussi les ravages sur nos routes, une des pires calamités de notre époque. Certes, elle a existé de tous temps, mais aujourd'hui, chacun, riche ou pauvre, peut la voir, la palper. On la vit même en direct à la télévision. Il n'y a aucune excuse pour ne pas la combattre , car elle est sans cesse présente, avec toutes ses formes et ses aspects terrifiants : faim, maladie, sous-alimentation, promiscuité… Ainsi, quelque 800 millions de personnes souffrent actuellement encore de la faim et de la malnutrition dans le monde et 24 000 d'entre elles en meurent chaque jour ; les trois quarts des morts sont des enfants âgés de moins de cinq ans.

Pourtant, la vue constante de la misère provoque une habitude, une acclimatation et l'on oublie bien vite les scènes atroces que l'ont a eues sous les yeux, que l'on a lues dans le journal.

J'ai vu de près la misère, déjà dans ma jeunesse avec un père malade et souvent sans travail, puis, encore plus terrible, à de nombreuses reprises au cours de mes voyages à l'étranger dans le cadre du mouvement Emmaüs. Il y eut des fois où j'ai eu peur, comme lorsque je circulais dans ce bidonville de Calcutta où, sous la pression de la foule excitée, j'ai dû passer d'une cabane, d'un taudis à un autre, pour la sentir dans sa réalité affreuse. Il y eu des fois où, comme à Lima, elle m'a révolté et où j'ai senti monter la colère, parce que la plupart des privilégiés qui la côtoyaient ne faisaient rien pour la juguler ; il y avait un mur (un véritable et un psychologique) entre eux et les déshérités qui mouraient à deux pas sur un tas d'ordures dans des conditions indignes de l'être humain. Il y eut enfin des fois où j'ai eu honte, comme à Madagascar dans cette vieille léproserie d'infirmes cachant leurs mains, parce qu'ils n'avaient plus que des moignons. J'ai encore aussi maintenant parfois honte de ma bonté insuffisante, car, tant que l'on possède du superflu - en temps ou en argent -, on ne fait jamais assez pour son prochain moins favorisé. Le monde développé met aussi des moyens trop restreints à la disposition des hommes dans la misère pour qu'ils puissent se relever eux-mêmes et paie des prix trop bas pour leurs produits. Cela doit changer.

Bien sûr que dans l'extrême pauvreté, j'ai aussi trouvé la corruption, l'égoïsme, la vanité. Tout cela se trouve aussi chez nous, dans l'abondance ; c'est beaucoup plus grave encore. Il n'y a donc vraiment aucune excuse pour ne pas réagir. Mais, heureusement, presque chaque fois que j'ai approché la misère, j'y ai rencontré ces femmes et ces hommes totalement dévoués aux humbles, aux petits, aux estropiés, porteurs d'espérance et signes de succès dans la lutte qu'il faut mener contre toutes les calamités, mais aussi contre notre manque personnel d'amour et de charité.


De l'amour du prochain
août 2007


C'est à Raoul Follereau, l'apôtre des lépreux, décédé en 1977, que j'ai emprunté certains passages sur l'amour du prochain. L'objectif fondamental de ce grand prophète français du XXe siècle, qui m'a donné pendant de nombreuses années la chance et l'honneur de bénéficier de sa fidèle amitié, était en effet de " Refaire de l'homme un être humain". Il commence déjà de le mettre en pratique à 15 ans (1918), lors de la conférence qu'il donne dans un cinéma de Nevers sur "Dieu est amour". Il le poursuit par des actes précis et clairs qui sont multiples et parmi lesquels on trouve l'"Heure des pauvres", "Les trois souliers devant la cheminée", "Un jour de guerre pour la paix", "La Journée mondiale des lépreux"... Il y a aussi ses appels auprès des Grands de ce monde, ses interventions auprès des organisations internationales comme l'ONU et l'OMS, ses centaines de conférences dans le monde entier et ses visites aux déshérités et aux lépreux, parfois dans des circonstances difficiles et au péril de sa vie.
Ecoutons-le ensemble :
" Savoir, sans savoir aimer, ce n'est rien. Et parfois pire que rien "
" C'est bien peu qu'espérer, et ce n'est rien que vivre: Il faut aimer. "
" De l'intelligence qui trahit, de la machine qui asservit, de l'argent qui pourrit, Seigneur, sauvez l'amour. "
" Celui qui a raison, celui qui aura toujours raison, celui auquel demain appartient, celui qui sera le dernier vainqueur, c'est celui qui est le plus capable d'amour."
" La civilisation, ce n'est ni le nombre, ni la force, ni l'argent. La civilisation, c'est le désir patient, passionné, obstiné, qu'il y ait, sur terre, moins d'injustices, moins de douleurs, moins de malheurs. La civilisation, c'est de s'aimer. "
" S'aimer ou disparaître, il n'y a pas d'autre choix."
Cela va très loin dans l'esprit de Follereau: il ne s'agit pas seulement de croiser quelqu'un sur le chemin, de l'aimer par la pensée, puis de passer outre. C'est communier avec le déshérité, le malheureux, l'ennemi même et, à la lumière de cette communion, c'est d'en tirer une leçon pour soi-même et d'agir immédiatement. " Voir, dit-il, dans tout être humain un homme et dans tout homme un frère, voilà votre Loi. Seigneur, faites-nous mal avec la souffrance des autres. "
Raoul Follereau part dans des croisades d'amour et de charité :
" Aimer les pauvres gens, aimer les gens heureux, aimer le voisin, aimer l'inconnu, aimer le prochain qui est au bout du monde, aimer l'étranger qui est tout près de nous, aimer, aimer... "
" Sans quoi il n'y a pas de génuflexions, de cloches ou de carêmes qui tiennent; si vous n'aimez pas, vous n'êtes pas chrétien. "
C'est fort, c'est clair aussi. On pourrait dire qu'il n'y a plus qu'à mettre la recette en pratique. Il vaut la peine d'essayer…


Mammon
juillet 2007


Le mot "Mammon" provient de l'araméen, la langue maternelle de Jésus, et signifie "richesse". Dans la littérature juive, il est souvent cité dans un sens péjoratif, comme d'ailleurs dans les Evangiles où il personnifie l'argent qui asservit le monde. Aujourd'hui, rien n'a changé ; tout s'achète, non seulement les objets ou les produits nécessaires à la vie, mais même l'être humain avec ses attraits et ses sens. Le pouvoir de l'argent est considérable et souvent méprisant.

Il s'agit ici d'un problème éthique qui concerne chacun de nous et sa conscience. Mais, pour les chrétiens, il est intéressant de voir comment les Evangélistes, dans le Nouveau Testament, se sont longuement arrêtés sur les paroles de Jésus consacrées à Mammon, mais aussi à la pauvreté. Ainsi, lors de ses rencontres, particulièrement avec les percepteurs et le jeune homme riche, le Fils de Dieu dévoile sa conception de l'argent. Il en est de même avec ses paraboles des ouvriers envoyés à la vigne qui reçoivent tous le même salaire et aussi des talents qu'il faut faire fructifier. L'argent, en somme, n'y est pas spécifiquement condamné ou vanté en tant que tel; cela dépend de l'usage que l'on en fait et de la considération qu'on lui porte... Dans ce contexte, l'apôtre Matthieu relate cependant la position fondamentale du Christ en citant ses paroles: " Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l' un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. " De plus, même si Jésus a été extrêmement dur avec les riches insensibles, qu'il a d'ailleurs souvent côtoyés de la même façon que les pauvres, il ne leur a jamais refusé sa miséricorde s'ils étaient prêts à l'écouter et à le suivre, car il veut sauver chacun d'entre nous. En effet, même s'il dit " Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu ", il ajoute, à la demande des apôtres de savoir qui pourra alors être sauvé: " Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible. "

Chacun de nous - qu'il soit riche ou pauvre, qu'il soit chrétien ou non - rencontre le Dieu Mammon à chaque détour de la vie. Ce n'est pas aisé d'y résister, il faut bien en convenir. Eviter le luxe et le confort exagéré, renoncer à la voiture (quand elle n'est pas indispensable), pratiquer la charité, partager, savoir aussi ce qu'il faut conserver pour la maladie, la vieillesse, son foyer, ses enfants, rien de plus difficile... Pourtant, vivant dans ce monde où un quart des êtres humains ne mangent pas à leur faim, chaque jour face à face avec des handicapés, des chômeurs, des requérants d'asile, des réfugiés, des drogués, des malades du sida..., il nous est impossible de ne pas réagir et de fermer les yeux. Ce serait un péché d'omission, un manque flagrant de charité, voire un crime pour ceux qui sont privilégiés, de ne pas donner ce qu'ils possèdent en plus du nécessaire ou de la bienséance " à ceux qui subissent la pauvreté, la faim ou la maladie, afin de les aider à prendre leur destinée en main. Plus encore, ce serait offensant de mener une vie de plaisirs et de luxe, alors qu'ils souffrent si gravement dans leur cœur et dans leur corps.

Ces devoirs de solidarité concernent les institutions politiques et leurs dirigeants, les entreprises et leurs managers, les peuples et les familles, mais l'exemple de chaque chrétien, là où il se trouve, peut être le détonateur qui fera retrouver au monde au moins une parcelle de paix et de vraie richesse qui ne se monnaient pas seulement avec de l'argent, mais surtout avec de l'amour.


Famille et mariage
juin 2007


La famille existe depuis la création du monde, même si elle a évolué vers le clan, la tribu, la peuplade, pour aboutir finalement à la constitution d'une nation. Une même préoccupation se reflète dans toutes lois et tous préceptes relatifs au mariage : assurer la stabilité et, par la procréation des enfants, la continuité de la famille, cellule fondamentale des peuples et des cités.

Bien sûr, le mariage a toujours connu ses magnifiques états d'âme, à côté de ses perversions comme la contrainte, l'inceste ou la polygamie. Pourtant, de nombreuses cultures et religions anciennes, même animistes, ont développé une unité familiale naturelle et sensitive très poussée, dans le respect de la nature et des valeurs affectives et morales, avec en plus, un culte pieux des ancêtres.

Hélas, il semble bien qu'avec l'extension effrénée des facilités économiques, des moyens techniques et, plus encore, de la profusion de conceptions matérialistes, égoïstes et hédonistes, la situation s'est dégradée pour arriver à un développement intensif de l'adultère, de la pornographie et de la luxure que nous connaissons aujourd'hui. Ne va-t-on pas jusqu'à considérer des relations entre concubins comme nouvelles entités familiales ou à conclure civilement des mariages entre homosexuels, voire à leur accorder la bénédiction religieuse ? Plus grave encore, les parents manquent de temps pour se consacrer à leurs enfants, coincés qu'ils sont entre le travail des deux et la télévision. Laissés à la rue ou tiraillés entre les partenaires du couple divorcé ou séparé, les jeunes cherchent de nouvelles voies qui les conduisent souvent à l'instabilité, à la drogue, à la musique nocive, à la violence, ou encore à se réfugier dans des sectes pour échapper à leur destin cruel.

Pour nous chrétiens, les événements relatés dans la Bible nous aident à mieux comprendre le sens de la famille et du mariage. Deux d'entre eux ont une importance capitale: d'abord, il y a plus de 3200 ans, la remise par Dieu à Moïse - la façon importe peu, même si la légende devait y tenir une part - d'un code de lois sous la forme des dix commandements, puis la venue de Jésus, il y a deux mille ans, avec son enseignement révolutionnaire. Dans le décalogue, mais surtout dans la prédication du Christ apparaissent clairement l'indissolubilité du mariage, le respect des parents, la sauvegarde de la vie et la condamnation sans appel de l'adultère.

Quand on pose la question à Jésus : " Notre loi permet-elle à un homme de renvoyer sa femme pour n'importe quelle raison ? ", il répond ; " N'avez-vous pas lu ce que déclare l'Ecriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, puis il dit : C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux deviendront un seul être. Ainsi, ils ne sont plus deux mais un seul être. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni " (Mt 19, 3-6). De ce fait même, toutes les Eglises chrétiennes sont d'avis que servir la famille est l'une de leurs tâches essentielles et qu'en tant que communauté de personnes, elle est la plus importante forme d'association, la cellule initiale de la société humaine qui se trouve à la base de " la civilisation de l'amour ", le mariage en constituant le lien fondamental. Aucune d'entre elles ne requiert de notre part un abandon de la sexualité et de l'amour charnel si précieux qui lient les époux, comme certains le prétendent, et toutes estiment que, à l'intérieur de la famille, l'union conjugale implique la responsabilité commune de l'homme et de la femme, aussi vis-à-vis de la vie nouvelle qu'ils ont suscitée. Les soi-disant " sexe en sécurité " et " droit de choisir " (pro choice), qui visent à encourager une fausse liberté sexuelle ou dissimulent les tendances à favoriser l'avortement et à séparer le couple, ne peuvent être que condamnés fermement.

Seule la foi aide chacun de nous à persévérer en vivant le mariage dans la clarté des commandements divins, sans nous laisser contaminer par la mentalité matérialiste et laïcisée qui règne. Dieu nous donne la force, avec la prière, de vivre simplement et honnêtement dans notre famille, mais aussi de cultiver le service des autres, depuis son propre conjoint et ses enfants jusqu'au plus pauvre, chez nous ou dans le monde.


La faim dans le monde
mai 2007


Il faut préciser de suite que la faim n'est pas seulement le manque de nourriture, mais également la malnutrition - une alimentation mal équilibrée en quantité et/ou en qualité - qui tous deux peuvent conduire à la mort prématurée.

La faim décime encore actuellement près de 800 millions d'êtres humains, même dans certains pays riches. Il est quasiment impossible de concevoir que, dans notre ère de technique, de globalisation et d'essor économique, des hommes, des femmes et des enfants en si grand nombre, du fait de situations climatiques difficiles, de catastrophes ou d'événements politiques graves, soient obligés de manger de l'herbe ou des feuilles, de boire de l'eau polluée ou de crever comme du bétail. Et pourtant, c'est la triste vérité : le paradoxe insoutenable du gaspillage et du confort d'un côté et de la mort d'inanition de l'autre, dans l'irrespect total de la Déclaration des Droits de l'homme adoptée par tous les peuples.

Dans le sillage de l'ONU, des centaines d'organisations gouvernementales ou privées, confessionnelles ou non, ont accompli de belles réalisations, mais elles restent insuffisantes. Ainsi la faim demeure un fléau abominable qui nécessite l'aide de chacun d'entre nous et pas seulement de ces institutions que nous devons soutenir de toutes nos forces. Pour ce faire, il faut que nous vivions plus simplement et que nous n'ayons plus sous nos yeux et ceux de nos enfants ces nombreux couverts abandonnés en fin d'un repas à la maison ou au restaurant, le plus souvent par gaspillage, avec des tranches de viande, des portions de légumes, des desserts ou des petits pains presque entiers qui vont dans nos sacs de détritus ou chez les pourceaux. C'est le premier pas d'un changement de mentalité et nul ne peut aujourd'hui, dans un monde où les distances ne comptent plus, invoquer l'excuse que les besoins de son frère lointain ne lui sont pas connus ou que l'aide à y apporter ne le concerne pas.

Le Conseil œcuménique des Eglises et le Vatican rappellent sans cesse à nous autres chrétiens les paroles de Jésus au sujet du Jugement dernier : " Venez les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous est destiné dès la création du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli ; nu, et vous m'avez vêtu, malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus à moi. "

Face à cette promesse et au dénuement qui existe même dans nos cités opulentes, il faudrait que chacun d'entre nous s'impose une vie dans la simplicité (vestimentaire, alimentaire, etc.). Pourtant, personne ne nous demande - pas même les Eglises - de supprimer une gourmandise d'un jour ou un repas occasionnel copieux et bien arrosé. La vraie question est de savoir si nous sommes en mesure de sacrifier au moins une partie de notre bien-être, de notre superflu - peut-être même de notre nécessaire - s'il y a urgence comme c'est le cas actuellement, au service des pauvres et des affamés. Sommes-nous au moins prêts, par exemple, à utiliser une large partie de notre budget prévu pour des voyages, des cosmétiques, des loisirs ou des repas coûteux, afin de financer des projets humanitaires ou de développement en faveur de nos frères moins privilégiés ?

Seule une globalisation du partage et de la coopération entre tous les hommes sauvera notre monde de la faim et de la misère.


Bombe atomique ou charité ?
avril 2007


On reparle beaucoup, ces derniers temps, de la bombe atomique. Ceci est dû principalement à deux pays, la Corée du Nord et l'Iran, qui menacent de créer leurs propres armes nucléaires - et notamment la bombe atomique -, malgré les appels réitérés de l'ONU, de l'Agence internationale de l'énergie atomique et des grandes puissances les incitant à renoncer à des programmes de ce genre.

Face à cette situation, je désire une fois de plus évoquer quelques événements historiques et en même temps les efforts de mon ami Raoul Follereau, l'apôtre des lépreux, décédé en 1977, pour rappeler au monde la folie que constitue la bombe atomique. (Voir le texte à son sujet sous la rubrique " Articles " de mon site Internet.)

On est au début d'août 1945. Les Japonais occupent un immense territoire qui va de l'Indonésie à l'Indochine, de la Chine à la Mandchourie. En juin, la reprise d'Okinawa, l'île principale des Ryükjü, par les troupes américaines, leur a coûté 7613 morts et 31907 blessés, et si elles doivent débarquer sur les autres îles principales du Japon, il va y avoir des pertes énormes en hommes et en matériel.

Malgré les demandes réitérées de la part des Alliés, le Japon refuse de capituler. Alors, afin d'éviter une longue guerre - et peut-être aussi pour écarter le risque d'une intervention des Russes -, le Président Truman, avec l'accord des généraux Spaatz et Mac Arthur, décide de lancer une bombe atomique au-dessus d'une ville japonaise à grande densité de population.

Le 6 août, à 8 h.13, Tom Feerebee reçoit l'ordre, dans son avion " Enola Gay ", de larguer sa bombe à uranium sur Hiroshima, une ville de 900 000 habitants. Il y aura 78 150 civils et plus de 20 000 soldats tués, 13939 disparus et 9284 blessés. Le 9 août à midi, une deuxième bombe atomique explose sur Nagasaki, faisant quelque 36 000 morts et au moins 40 000 blessés, et le 14 août, l'empereur Hirohito capitule, renonçant à ses prérogatives divines. L'ère atomique a commencé.

Comme chacun, Raoul Follereau avait ressenti la peur qui s'installait dans le monde vis-à-vis de l'énergie nucléaire, de la bombe et de la désintégration. En 1948, il avait publié le bilan horrible de la dernière guerre avec ses 14 450 000 soldats et officiers tués, ses 6 300 000 morts civils sous les bombardements, gazés, brûlés ou assassinés, en lançant un vibrant appel pour que la leçon éclaire les consciences et les cœurs : " Seule la charité sauvera le monde ". En 1949, il publiait un manifeste " Bombe atomique ou charité ? " qui s'inséra dans une nouvelle campagne portant le titre évocateur " S'aimer ou disparaître ". Il vaut la peine d'en parcourir à nouveau certains passages remarquables :

" Bien sûr, il y a toujours eu des luttes et des guerres.
Au commencement, ce fut Abel et Caïn. Mais Caën ne pouvait tuer qu'Abel.
Puis le progrès est devenu une immense machine à assassiner. Demain, un homme, un seul, la folie d'un homme seul peut anéantir l'humanité tout entière.
Car qui peut assurer que mille, deux mille, dix mille bombes atomiques lancées sur le monde, ce n'est pas la fin du monde ? "
Voilà l'apocalypse que Raoul Follereau envisageait.
C'est encore pire aujourd'hui : il faudrait certainement bien moins de bombes atomiques pour anéantir le monde. Un terroriste, un dirigeant fou pourrait s'en servir et toutes sortes de scénarios ont déjà été décrits dans lesquels la bombe atomique sert de menace, de chantage. Il ne s'agit plus de science-fiction.

Et " pourtant, disait Raoul Follereau, …Dieu a permis que l'homme apprît à désagréger l'atome, et l'a laissé libre d'en faire ce que lui conseillait son cœur. Si l'homme le veut, c'est à son service, une source inépuisable d'énergie et de chaleur. Plus personne n'aura froid. Bientôt plus personne n'aura faim. Mais si l'homme le veut aussi, c'est la disparition de la terre, la disparition de l'espèce humaine. Sur l'Arbre de la science du bien et du mal, quel fruit va cueillir l'homme ? "

Heureusement, jusqu'à ce jour, depuis Hiroshima et Nagasaki, les hommes n'ont plus utilisé la bomba atomique pour détruire. Divers traités ont été adoptés ; il s'agit d'une part d'un engagement pour les Etats nucléaires de ne pas transférer leurs connaissances militaires aux Etats qui ne possèdent pas d'armement nucléaire et, pour ces derniers, d'une renonciation à s'en donner, et d'autre part d'une interdiction complète des essais nucléaires. Cependant, plusieurs Etats ne veulent pas signer certains de ces traités et refusent le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Alors, cela suffit-il ?

Dans son manifeste " Bombe atomique ou charité ? ", Raoul Follereau nous donne une réponse claire : c'est non ! Car, s'il vivait encore, la situation actuelle ne serait pas satisfaisante pour lui qui a toujours été contre la guerre. Même si, en dernier ressort, celle-ci peut être justifiée en cas de légitime défense ou de violation du droit international, il faut tout tenter pour créer des situations de dialogue et de paix avec le respect de l'homme et de tous les hommes, afin qu'elle devienne inutile. Raoul Follereau voyait dans la charité le moyen de la stopper et il ne cessait pas de proclamer " La charité contre la bombe atomique : voilà la guerre qui commence. Et c'est une lutte suprême. Car seule la charité est capable d'anéantir la bombe atomique dans le cœur de l'homme. "

Il ira jusqu'à dire que la bombe atomique ressemble à la charité. La première par la destruction d'un atome après l'autre, provoque une force effroyable et une suite d'anéantissements, indéfinie, et peut-être infinie. La seconde, par l'enchaînement de bonnes actions et de gestes fraternels, provoque une suite de bonheurs, indéfinie, et peut-être infinie. Et il conclut : " Bombe atomique ou charité ? Chaîne de mort ou chaîne d'amour ? Il faut choisir. Et tout de suite. Et pour toujours. " L'on connaît la conclusion : S'aimer ou disparaître.


Le temps des urgences
février 2007


C'est à la suite d'une demande de l'un de mes amis, ancien gérant d'un magasin d'électronique, que j'écris le présent texte :

Chaque heure - peut-être même plus souvent -, il se trouvait pratiquement confronté avec ce que l'on pourrait appeler " le culte de l'urgence". Le client veut son renseignement, sa réparation, mais aussi son gadget ou son ordinateur, immédiatement, presto, subito. Tout doit être livré instantanément, sinon le regard se fige, le mécontentement s'installe. Le stress du vendeur, un autre acheteur qui patiente dans le magasin ou au téléphone, une réponse qui se fait attendre ou qui nécessite une étude plus approfondie, tout est bon pour marquer son insatisfaction ou son désagrément. " Je dois l'avoir tout de suite ", " Je ne peux pas attendre " ou " Est-ce bientôt terminé ? ", tels sont les phrases d'états d'âme flagrants d'égoïsme et de liberté mal utilisée, qui agissent comme des couperets placés sur la gorge de son vis-à-vis.

La situation est partout la même : chez l'épicier, le boulanger, le libraire, tout est urgent, depuis le sucre, le croissant frais ou le dernier livre paru. Bien sûr, il y a des cas d'urgence ; on ne peut pas le nier. Mais, à regarder de près, il s'agit souvent d'un produit destiné à son plaisir ou qui va rester inutilisé pendant des heures ou même des jours. Là où nous travaillons - dans la banque, l'usine ou l'atelier -, nous pouvons aussi engendrer et subir l'urgence dictée, elle, par le rendement, le profit, la consommation excessive, l'appât du gain… Partout, cela aboutit à l'exploitation de l'homme et à la violation de ses facultés physiques et morales et mène finalement au stress, à la maladie ou à la dépression de ceux qui doivent subir cette situation astreignante et ce traitement dégradant.

Voilà certainement pourquoi mon ami m'a incité à rechercher dans la Bible ce qui peut nous rendre maîtres du culte de l'urgence.

Matthieu, l'évangéliste, nous décrit très bien la situation de stress dans laquelle le Christ se trouvait constamment, et il écrit : " Jésus allait dans toute la Galilée... L'on entendit parler de lui dans tout le pays de Syrie et on lui amena tous ceux qui souffraient de diverses maladies ou étaient tourmentés par divers maux : ceux qui étaient possédés d'un esprit mauvais, ainsi que les épileptiques et les paralysés. Et Jésus les guérit. " Parmi eux, il y a le centurion de Capharnaüm qui le supplie de sauver son serviteur, la belle-mère de Pierre, alitée avec une violente fièvre, les deux possédés de Gérasa, l'homme à la main desséchée. Pour chacun d'eux, il y a urgence, qu'il soit lépreux, à l'agonie ou même, au dire de sa parenté, déjà mort.

Jésus fait face à l'énorme stress qui en résulte avec douceur, patience et courage, même s'il est extrêmement fatigué et à bout de nerfs ; même si, à plusieurs reprises, il doit intervenir " après le coucher du soleil ". N'est-ce pas que cela ressemble étrangement à notre époque où beaucoup d'êtres humains doivent affronter les requêtes innombrables de leurs semblables, les contraintes des techniques nouvelles, des lois de l'économie, de la globalisation, parfois jusque tard dans la nuit. A plusieurs reprises, harassé, le Christ fera de courtes ou de longues pauses afin de se ressourcer spirituellement et de se reposer en toute tranquillité dans la montagne ou le désert. Il saura également jouir de temps à autre de quelques heures bienfaisantes de détente en allant manger avec des amis ou les apôtres.

Quelles leçons pouvons-nous tirer des textes de la Sainte Ecriture?

D'abord, essayons de maîtriser nos propres urgences, en prévoyant, dans nos occupations courantes, des instants privilégiés de calme, ne serait-ce que pour mieux respirer ou penser à autre chose. Mais aussi pour nous donner la force et les moyens de supporter ceux qui nous bousculent, nous harcèlent, en nous rappelant ce que Jésus a dit dans le Sermon sur la montagne : " Bienheureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre ". Ce qui ne devrait nullement nous empêcher, dans certaines circonstances, d'exprimer un refus ou d'inciter les gêneurs à patienter.

Mais cela ne suffit pas. Nous devons éviter de devenir pour notre prochain une source d'excitation, de surmenage ou de conflit, mais plutôt lui vouer respect et confiance. Et, si nous endossons des responsabilités politiques, économiques, sociales ou autres, nous avons le devoir de veiller à créer, pour ceux qui dépendent de nous, des conditions de travail dignes d'un être humain, obligations élémentaires qui découlent des Droits de l'homme et du commandement de Dieu : tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Pour réaliser cette conception de vie, nous avons vis-à-vis de nous-mêmes, si nous sommes chrétiens, l'impérieux devoir de nous ressourcer de temps à autre (prière et méditation), de prendre des vacances, de savoir jouir d'un bon repas, d'une soirée agréable après le travail, en famille ou avec des amis, comme le Christ le faisait avec ses apôtres. A l'église, il nous attend dans la communion - viatique suprême de force, mais également de réconfort - ou pour une visite impromptue à l'occasion de nos emplettes, d'une sortie ou d'une promenade. Il nous aidera ainsi à entrer un jour dans son Royaume où l'urgence est bannie et où règnent l'amour, la paix et la tranquillité.


L'explosion des médias
janvier 2007


D'une part, les informations sont en train de nous submerger, au point de nous déstabiliser, d'autre part, celles-ci deviennent de plus en plus douteuses, subjectives ou même truquées. Cela est principalement dû au fait de la rapidité indispensable de leur collecte pour en conserver l'actualité, aux interventions politiques ou économi-ques et aux possibilités visuelles toujours plus perfectionnées pour les manœuvrer. La désinformation est finalement entrée dans nos mœurs, par l'écriture, mais aussi par l'image.

La plupart des agences de presse affirment que les gens ont besoin de plus en plus de sexe, de liberté et d'argent. Dans ce sens, elles diffusent à outrance des reportages et des feuilletons de libertinage, des actes de violence et des scandales. négligeant ainsi les sentiments profonds. Elles s'attachent aux événements les plus graves, pénètrent dans les sphères secrètes pour en extraire des documents compromettants, jugent avant la justice et refont l'histoire. Elles rabaissent la femme à un objet tout en prônant l'émancipation et violent l'intimité indispensable à chaque être humain ; la religion, les valeurs essentielles, la famille sont des sujets bientôt tabous. Enfin, elles poussent au luxe et livrent de la publicité pour une consommation effrénée. Voilà où l'on est arrivé ! Face à cette situation, un auteur contemporain connu, Thierry Saussez, a donné à l'un de ses livres le titre évocateur de " Nous sommes ici par la volonté des médias ". Et le grand économiste et théologien américain Michael Novak a écrit dans l'un de ses ouvrages : " Les médias sont capables de semer des idées et des symboles qui sont plus puissants que la réalité. Ils sont une nouvelle réalité. "

Face au déferlement des médias et au manque d'objectivité dont beaucoup de leurs produits font preuve bien souvent, on ne peut bientôt plus, de nos jours, se forger une opinion valable. Alors, comment peut-on réagir contre cet état de choses ?

Tout en laissant aux médias une certaine liberté, il semble bien qu'il faudrait pouvoir disposer d'organes de contrôle à tous les niveaux (local, régional, national et international), car l'amplification et la falsification de l'information risquent de prendre des proportions incontrôlables. Même si beaucoup d'instances publiques et privées en sont heureusement conscientes, elles ne savent pas exactement le rôle et la composition à donner à ces organes.

En attendant, c'est à chacun d'entre nous d'agir. Il faut d'abord faire un choix vis-à-vis des journaux auxquels nous pouvons nous abonner, vis-à-vis aussi des films ou des autres émissions (variétés, sport, culture, etc.) que nous voulons écouter ou regarder à la radio, à la télévision, au cinéma ou ailleurs, en fonction du respect de notre conscience et du bon sens. Les Eglises peuvent nous conseiller utilement et nous pouvons apporter notre soutien constant, aussi sous forme de dons et de souscriptions, aux médias de caractère religieux qui défendent les vraies valeurs morales, culturelles et artistiques.

En plus, notre perception critique, qui se développe au fur et à mesure des expériences (bonnes ou mauvaises) que nous faisons chaque jour, nous dictera l'attitude à prendre qui pourra aller du simple rejet d'écoute ou de vision d'une émission jusqu'à une protestation orale ou écrite auprès des responsables qui ont blessé nos conceptions d'ordre éthique ou même notre sphère intime. Et, si nous en avons les moyens, de par notre situation privée, sociale ou politique, servons-nous des médias - par exemple sous forme de lettres de lecteur ou en participant à certaines émissions - pour exprimer nos convictions avec tolérance, mais ferme-ment.

Si nous sommes chrétiens, la Sainte Ecriture doit être le garant de nos pensées et de nos actes, comme de nos réactions face aux médias. Elle nous donne la force de réagir et de ne plus laisser empoisonner nos corps et nos âmes. Nous ne pouvons plus nous laisser influencer ou broyer par la machine apocalyptique audiovisuelle ou simplement opposer notre silence à la pornographie, au sexe dévergondé, à l'agression de la famille, des enfants, de la femme, etc. Utilisons donc aussi, à part notre engagement personnel, les possibilités qui existent sous forme de sociétés, de regroupements chrétiens ou autres qui luttent contre ces méfaits. Les paroles de Jésus à ses apôtres nous aideront à faire passer le message évangélique aux médias qui ne respectent pas l'homme et son intégrité: " Ce que je vous dis dans l'obscurité, répétez-le à la lumière du jour ; et ce que l'on chuchote à votre oreille, criez-le du haut des toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt Dieu qui peut faire périr à la fois le corps et l'âme dans l'enfer " (Mt 10, 27-28).

Alors, réagissons et protestons, s'il le faut ! Mais, au fond, ayons surtout pour objectif premier de vivre nous-mêmes le message évangélique de paix et d'amour auprès des autres et, principalement auprès des plus déshérités et des plus malheureux, de la même façon que les apôtres et les premiers chrétiens. Alors, peut-être que nous nous préoccuperons moins des médias à sensation. Peut-être aussi que ceux qui les dirigent reprendront conscience de leur devoir primordial auprès de la société : rendre compte des œuvres de l'esprit et des événements - bons ou mauvais - au plus près de leur conscience, avec respect et objectivité, tout en suscitant la critique, la discussion ou le dialogue.


La naissance de Jésus
décembre 2006


Marie et Joseph sont maintenant dans une grotte près de Bethléem, après le long voyage accompli depuis Nazareth pour le recensement romain. Ils l'ont sûrement un peu aménagée pour y vivre et on peut imaginer que la Sainte Vierge aura mis par terre de la paille fraîche et des couvertures pour dormir, ainsi qu'une ou deux lampes à huile dans les interstices du rocher, alors que son époux aura refait le foyer de pierres pour la cuisson et cherché de l'eau et du bois. Peut-être même que ce dernier, comme il est charpentier, aura confectionné une petite table pour prendre les repas ou langer le bébé qu'ils attendent et appelé une femme qui habitait dans les environs pour aider Marie à accoucher, car, comme dit Luc dans son évangile, " pendant qu'ils étaient là, son terme arriva, et elle mit au monde son fils premier-né. Elle l'emmaillota et le coucha dans une crèche ", c'est-à-dire dans la mangeoire qui sert aux animaux.


Des bergers qui veillaient la nuit aux champs pour garder leurs troupeaux vont soudain être en présence d'un ange resplendissant. Pour apaiser leur crainte, celui-ci les interpelle et leur dit qu'un Sauveur, qui est le Christ le Seigneur, leur était né dans la ville de David. Les voilà se rendant en hâte à Bethléem où ils ont tôt fait de trouver Marie et Joseph avec leur nouveau-né. lls se mettent alors à raconter partout ce qu'ils avaient vu et ce qui leur avait été dit sur ce petit enfant, suscitant l'admiration parmi tous ceux qui les entendaient.

Au huitième jour, l'enfant est circoncis comme tout garçon, en fonction des révélations divines aux ancêtres du peuple juif : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse… C'est, pour les Israélites, la marque indélébile dans sa chair de son affiliation au Peuple de Dieu.

Luc termine sa relation sur la naissance de l'enfant par la mention de cette circoncision, mais saint Mathieu, dans son Evangile, nous raconte encore un autre épisode très important puisqu'il va associer aux bergers - aux petits - les grands de ce monde, des mages venus de très loin jusqu'à Jérusalem. Dans cette ville, ils racontent qu'ils ont vu l'étoile du roi des Juifs en Orient et l'on suivie. Ils s'enquièrent où celui-ci doit naître et rencontrent Hérode le Grand qui règne avec brutalité et faste sur toute la Palestine comme roi vassal des Romains. Convoqués par ce dernier, les princes des prêtres et les scribes chargés d'interpréter la loi mosaïque lui indiquent, sur la base notamment d'un oracle du prophète Michée, que c'est à Bethléem. Ils s'empressent de s'y rendre en suivant l'étoile qui se montre à nouveau et, arrivés sur place, ils se prosternent devant Jésus, offrent leurs présents - de l'or, de l'encens et de la myrrhe - et l'adorent. Puis ils retournent dans leurs pays, en évitant de revoir Hérode à Jérusalem, suite à un avertissement divin qu'ils avaient reçu sous forme de songe.

Que de péripéties autour d'une naissance d'un pauvre gosse, pratiquement dans un taudis! Il y a vraiment là matière à réflexion pour chacun d'entre nous.

Ce Fils de Dieu, ce Seigneur qui fera que le calendrier sera établi en fonction de sa naissance, naît dans une situation effroyable et dans une famille toute simple. Les mages eux-mêmes, probablement de grands savants et astronomes, se voient confrontés à un choix : ou bien un roi politique et oppresseur, fou furieux de se voir mis en marge par un roi des juifs à venir, ou bien cet enfant chétif de la crèche, le vrai roi du ciel et de la terre. Ils choisiront le second et ne répondront pas à l'invitation d'Hérode de revenir lui apporter tous renseigne-ments relatifs à Jésus.

Ce sont des signes infaillibles de la nécessité, pour nous tous, de choisir entre le bien et le mal, mais aussi de se faire petits, modestes, comme le Christ et ses parents. Dans ce sens, il faudrait s'imprégner, comme eux, de l'enseignement biblique, afin de mieux pouvoir s'approcher de Dieu pour le servir et d'éviter ainsi l'attrait de l'argent, du prestige et de la gloire qui nous guettent, surtout si nous assumons de grandes responsabilités de caractère politique, social ou professionnel. Les Eglises chrétiennes, d'ailleurs, suite à la naissance de Jésus dans la pauvreté et plus tard à ses paroles, adopteront bien vite ce qu'on nomme maintenant l'option préférentielle pour les pauvres et nous inciteront à la pratiquer durant toute notre vie. Répondons-nous à ses appels pressants au moment même où des millions d'hommes, de femmes et d'enfants meurent chaque jour de faim sur notre planète ou végètent dans une misère noire? Dans chaque pauvre, nous rencontrons Jésus avec Marie et Joseph, dans la grotte de Bethléem.

La Nativité, c'est également le signe évident de l'immense valeur morale, spirituelle et économique que représente la famille. Dieu a voulu entrer dans ce monde comme n'importe lequel des hommes, c'est-à-dire par l'intermédiaire d'une maman, dans une famille unie et forte. A notre époque où la communauté familiale et le mariage sont souvent rejetés et bafoués, notre devoir est de les défendre sans compromis, nous souvenant de ce privilège incroyable que Dieu nous a accordé : venir au monde comme nous, sous forme d'un petit enfant en chair et en os, pour mieux nous comprendre et nous aimer. Plus que jamais, nous avons besoin de saintes familles comme celle de Nazareth.

Enfin, dans son Evangile, Luc, lorsqu'il évoque la venue des bergers auprès du nouveau-né et leur élan à raconter ce qu'ils ont vu, à annoncer la bonne nouvelle, relève que "Marie, elle, conservait toutes ces paroles et les repassait en son cœur." Elle a dû faire de même en présence des rois qui avaient tout quitté dans leurs pays lointains pour rencontrer Jésus. Avons-nous compris ces messages que sa mère a su lire dans les cœurs et dans les louanges des visiteurs de Bethléem, pauvres ou riches : d'une part, comme les bergers, nous efforcer d'adorer Dieu, de l'aimer et d'annoncer la Bonne Nouvelle, d'autre part, comme les mages, de savoir abandonner ce que nous chérissons trop - l'argent, le confort, les plaisirs, etc. - pour rejoindre le Christ et nous soumettre à ses consignes ?

La naissance de Jésus dans la grotte de Bethléem a révélé que tous ceux qui souffrent, qui se sentent bons à rien, qui vivent dans des conditions matérielles difficiles, voire inhumaines, ou sont de naissance inconnue, ont une place privilégiée aux yeux de Dieu et dans son cœur. Elle a aussi montré que ceux qui ont la puissance et le prestige ou qui jouissent de grands biens matériels, doivent être prêts à s'en détacher pour venir à Lui et L'adorer. Il n'y a aucune préséance due à la naissance, à la fortune ou à toute autre considération externe.


Riches et pauvres
octobre 2006


Aujourd'hui encore, en Indonésie, en Afghanistan, en Inde, des milliers d'enfants meurent parce que le médecin est arrivé trop tard ou parce qu'il y en pas dans le village, mais oui ! A ces heures encore, quelque deux milliards d'hommes, de femmes et d'enfants dans le monde ne prennent que leur unique repas journalier, un peu de riz ou de mil. Trois quarts des êtres humains vivent dans la misère alors qu'un quart disposent de 75% des biens de la terre. Quelle est la solution pour nous rencontrer entre riches et pauvres et créer un monde meilleur qui ne sera certes jamais parfait, mais qui pourrait nous apporter la paix et la concorde entre nous ?

Je pense que nous sommes aussi bien en mesure de participer au sauvetage des déshérités qu'eux au nôtre. Oui, mais à condition que nous ne les prenions pas pour des gens auprès desquels nous ne faisons qu'alléger - souvent bien modestement - notre porte-monnaie. La seule position juste est celle qui consiste à partager avec eux tout ce qui est possible : depuis notre cœur jusqu'à nos aises et nos biens matériels sans rien attendre en compensation, sinon la diminution de notre égoïsme et beaucoup d'amour à donner. Mais il est vrai également que les moins nantis ne se sauveront finalement que par eux-mêmes, en assumant leurs responsabilités et en développant leur propre initiative.

A côté des biens dont beaucoup d'entre nous disposent en abondance et des bienfaits dont nous sommes comblés, nous manquons souvent de spiritualité et de don de soi. Eux, les pauvres, peuvent nous réapprendre à découvrir ces valeurs inestimables que sont la simplicité, l'hospitalité et le sens de la famille. Par là peut-être nous laissent-ils entrevoir - si nous voulons autant pour eux que ce que nous possédons et si nous acceptons leurs dons précieux - la porte du bonheur qui ne s'ouvre que par une charité active sans arrière-goût d'aumônes et de gestes intéressés.

La misère et la souffrance des malheureux ne seront contrebalancés que par notre amour et nos sacrifices à leur égard. C'est dans cet esprit que nous devons vivre ensemble, privilégiés et non privilégiés, malgré les échecs et les difficultés. Il n'y a pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour commencer d'agir. Chaque jour apporte son lot de soucis et de joie; nous devons combattre la détresse et la souffrance d'abord là où nous vivons. Sachons ensemble saisir chaque instant, chaque occasion de rencontre avec un ami, un voisin, avec un colporteur sur le pas de la porte, un invalide dans le bus, un jeune désespéré, un demandeur d'asile… pour en faire un rendez-vous de l'espoir. C'est alors seulement que le monde changera et que l'on retrouvera la paix.



L'esprit de ce temps
août 2006


Le monde vit une crise, non seulement sur le plan religieux, mais également sur celui de l'éthique en général. Il n'y a jamais eu autant de gens préoccupés de leur avenir et autant d'adhérents à des sectes toujours plus nombreuses, même dans les pays riches.

De quoi cela provient-il? Certainement d'abord des idées des Lumières, nées en Europe au XVIIIe siècle, prônant la liberté totale de l'individu. Ensuite du communisme et de l'existentialisme qui ont fait des entrées fracassantes au cours du siècle passé, mais ont heureusement démontré leurs limites au fur et à mesure des ans. Ils ont pourtant réussi, du fait de leur conception athée, à saper la croyance en Dieu et les fondements religieux au sein d'énormes populations, aujourd'hui encore.

Actuellement, ce sont partout les idées et les pratiques du Nouvel Age venant de l'Amérique qui s'implantent de plus en plus, influençant l'esprit de ce temps qu'elles marquent de leur empreinte. Selon cette théorie, tout est un, tout est " Dieu " ; il n'y a aucune différence entre une pierre, un homme et un animal. On fait simplement partie de l'énergie cosmique que l'on peut développer intérieurement pour se sauver soi-même, mais aussi pour arriver à une unité mondiale politique et économique . Pour y parvenir, toutes les religions et tous les moyens sont bons : le yoga, la méditation, l'hypnose, la psychothérapie et même les pratiques occultes - y compris l'initiation à Lucifer - ou la drogue jusqu'à un certain point. Avec cela, on peut revivre les événements de sa naissance ou avoir une nouvelle naissance (rebirth), faire des voyages aux portes de la mort et entrer en contact avec des choses ou des êtres au-delà du monde visible (channeling). Voilà qui est fort attrayant ! Mais ces théories, sous le couvert de belles paroles et de plusieurs principes parfois très valables, conduisent toutefois l'homme dans un nouvel esclavage, celui de son égoïsme et de ses instincts.

Certains profitent de cette situation de laxisme et de permissivité pour intensifier le combat contre Dieu et finalement contre l'homme, allant jusqu'à détruire la vie dès la conception et jusqu'à provoquer la mort au nom de principes sociaux. D'autres font miroiter l'argent et le profit pour gagner le cœur des gens, en les maintenant dans la dépendance. Enfin, certaines sectes attirent ceux qui n'ont plus de repères pour les embrigader, en leur soustrayant leurs moyens intellectuels et financiers au nom d'une morale souvent prêchée par des gourous et des faux prophètes.

Petit à petit, l'anti-autorité s'est installée et a grandement réussi à reléguer les droits, les lois et leurs dérivés - hiérarchie, service, devoirs - dans les oubliettes, pour semer finalement l'anarchie dans la société. La confusion s'est ainsi aussi mise à régner dans les esprits, augmentée encore par l'arrivée d'un matérialisme effréné, d'une technique raffinée et de l'électronique. Finalement, l'Etat, l'Eglise, la société et la famille ne sont plus respectés et l'on s'étonne soudain d'un malaise qui mène au totalitarisme, à l'intégrisme et au terrorisme, parce qu'il est facile de dominer des masses divisées vivant dans la confusion et le désordre, sous le pouvoir de l'occulte, du sexe et de l'argent, avec le " Moi " comme divinité.

On peut donc comprendre que la plupart de nos contemporains soient à la recherche d'une voie sûre et d'une morale qui, tout en leur assurant un respect d'autrui, leur apporterait une liberté de tous les instants qui n'existera pourtant jamais sur cette terre.

Comment alors résister aux managers, gourous, faux prophètes et terroristes de tous ordres qui activent la crise que nous vivons ?

Je pense que si l'on mettait en pratique les préceptes de la vraie religion, celle qui nous dit d'adorer Dieu et de faire appel à sa miséricorde et à son pardon, mais également de respecter toute sa création, la pratique des valeurs essentielles serait assurée. Cela nous conduirait à aimer notre prochain comme nous-mêmes et à vouloir intensément son bonheur, afin qu'il puisse jouir d'une vie décente matérielle, physique et psychique.

Ceci dit, tout n'est pas perdu. Il faut conserver un esprit optimiste plein d'espérance et savoir louer et apprécier les gestes charitables et de soutien qui meublent notre quotidien, à notre égard et à celui des déshérités dans le monde. J'ai rencontré, dans mon pays et au cours de mes voyages beaucoup d'êtres humains imbibés de l'Evangile, mais aussi d'autres préceptes religieux. Ils constituaient, eux et leurs adeptes, de par leur engagement au service de l'amour de leurs frères et sœurs, un obstacle infranchissable pour les sectes et mouvements matérialistes ou nihilistes malfaisants qui règnent sur tant d'individus. Mais j'ai aussi côtoyé de nombreux hommes et femmes qui ne connaissaient pas le Christ, mais qui, dans les tâches qu'ils accomplissaient immuablement chaque jour en communion avec les déshérités, touchaient Dieu du doigt et son amour infini, alors que d'autres se frappaient la poitrine en disant "Seigneur, Seigneur", mais avaient oublié que le premier servi, dans toute leur vie, devait être leur prochain dans la misère morale ou matérielle.

Il est indispensable, afin de pouvoir résister à l'attrait des sectes, à l'appel des gourous et des faux prophètes, à la violence des terroristes, de nous ressourcer constamment à l'enseignement du Christ et, si nous ne sommes pas chrétiens, de suivre les préceptes moraux de sa propre religion ou même sa conscience. Seul un engagement de cette sorte nous ouvrira le chemin de la véritable charité, nous permettra de rester modestes, d'éviter la puissance et le prestige qui sont les dieux de notre époque et d'assurer un développement durable pour les peuples défavorisés. La foi et la prière (ou tout autre idéal au service du bien) représenteront pour nous une solide source de consolation, d'encouragement et d'espérance qui nous aidera à changer le monde, à partir du milieu où nous vivons et où nous travaillons. Elles apporteront en outre, à ceux que nous aimons, que nous aidons, que nous visitons, l'espoir de pouvoir vivre en liberté et dans le respect des droits de l'homme, sans manipulations et sans embrigadements.



Ma conviction profonde - Des paroles et des actes
juin 2006


Bientôt plus aucun jour ne s'écoule sans que nous ne trouvions dans notre journal la reproduction d'un discours d'un "Grand", d'un savant, d'un notable politique ou religieux, sans que nous ne lisions le compte rendu de conférences, de réunions politiques, sociales ou autres, à côté des discussions, des interviews, des tables rondes à la radio et à la télévision. Mais, combien de paroles parmi cette pléthore médiatique qui nous assaille chaque jour correspondent-elles à des actes d'amour et de charité, accomplis par ceux qui les prononcent? Combien d'entre elles répondent-elles à notre besoin de spiritualité et de vraie culture, alors qu'en Occident nous nous enfonçons de plus en plus dans le matérialisme et la luxure, au service de la mort et non de la vie, oubliant les valeurs essentielles héritées des aïeux et du christianisme ?

Certes, nous avons besoin de discours, de sermons. Oui, nous avons aussi besoin de contacts, de dialogues et d'œuvres culturelles, mais à condition que tous ces éléments soient au service de l'homme, imprégnés de respect, de justice, d'une morale saine et non pas principalement de recherche de sexe et d'argent pour amadouer notre plaisir ou notre égoïsme. Ils doivent nous apporter bonheur et bien-être décent, mais ils doivent tout aussi impérativement réveiller nos cœurs et nos consciences, nous inciter à agir pendant qu'il est encore temps en faveur des plus souffrants, à préserver la nature et à éviter à notre planète la pollution physique et morale, mais aussi la surconsommation et la dilapidation des moyens dont le monde dispose.

Mais ce qu'il nous faut, ce sont surtout des hommes et des femmes prêts à ces combats, à traduire les belles paroles en actes, alors que, bien souvent actuellement, l'argent passe avant le service, le confort avant le don de soi, l'étalage de son savoir avant le sens humain. Des hommes et des femmes désireux de s'engager pour visiter le voisin malade, soutenir le vieillard handicapé, comprendre le drogué ou l'étranger et s'inquiéter des malheurs des affamés, des lépreux ou des nécessiteux, voire même pour partager leur vie avec eux.

Sinon il n'y aura plus, pour nous permettre de vivre, que les dictatures odieuses, les révolutions des pauvres pour recouvrer leur voix perdue, la pollution toujours plus dense, le gaspillage accéléré des ressources naturelles et, finalement, le matérialisme effréné qui tuera encore le peu de spiritualité et de solidarité qui nous restent.